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Qui sont-ils ?

Spiritualite et religion amerindienne 

La legende des chasseur d'ours

Indiens, la revanche

La piste des larmes, Chronique d'un ethnocide 

Les reserves indiennes

Les indiens et le Web.

Quelques sites

 

Qui sont-ils ?

Les Etats-Unis comptent aujourd'hui 7 millions d'Americains descendant des Indiens aborigenes. Parmi ceux-ci,1,4 million, dont les 400 000 Indiens qui vivent dans les 285 reserves federales et d'Etat, se considerent comme des Indiens de race pure.
Avant l'arrivee des colons europeens, au debut du XVIIe siecle, 1,5 million d'Indiens occupaient le territoire qui constitue aujourd'hui les Etats-Unis. S'ils n'etaient pas tres nombreux, ils n'en formaient pas moins des centaines de tribus, ayant des modes de vie fort differents. A l'est, les Iroquois ou les Creeks menaient une existence sedentaire. Apres le peuplement de l'Est par les Europeens, de
nombreuses tribus se mirent a parcourir les Grandes Plaines, suivant les bisons dans leur migration. Dans le Mississippi et l'Ohio, il y a un
ou deux millenaires, des peuplades, venues sans doute d'Amerique centrale, dresserent de vastes tumulus et centres de ceremonie. Au nord-ouest s'installerent des tribus de pecheurs comme les Chinooks et les Makahs, qui construisirent des maisons massives et erigerent des mats totemiques. La Californie abritait une importante population d'Indiens vivant de la peche et de l'agriculture, tandis qu'au sud-ouest les tribus des Indiens Pueblos batissaient des villages accroches aux falaises, et pratiquaient une agriculture a base d'irrigation.


Indiens et Blancs


Les premieres rencontres entre les Indiens et les Europeens furent amicales. Les Americains commemorent encore cette epoque chaque novembre, lors de la fete nationale du Thanks-giving Day, en servant de la dinde, des patates douces, du pain de mais et des canneberges, produits cultives originellement par les Indiens. On raconte que Pocahantas, la fille d'un chef indien, aurait sauve la vie au capitaine John Smith, chef de la petite colonie de Jamestown, en Virginie, et qu'elle aurait ensuite epouse un Anglais.
Apres la guerre d'Independance, les colons traverserent les Appalaches, en quete de nouvelles terres. Les nombreux traites conclus avec les Indiens furent rompus, et en 1830, le Congres autorisa le deplacement des derniers Indiens de l'est a l'ouest du Mississippi.
Les Indiens se defendirent heroiquement contre ces expropriations par les Blancs. Mais inferieurs en nombre, divises par leurs appartenances tribales et sans recours devant les fusils des envahisseurs, ils opposerent une resistance inutile. L'alcool ainsi que les maladies amenees par les Europeens comme la petite verole, la grippe et la syphilis decimerent leurs rangs.
Les Indiens des Plaines - les Apaches, les Arapahos, les Blackfeet, les Cheyennes, les Comanches et les Sioux - vivant de la chasse du
bison repousserent les chasseurs blancs qui menaçaient d'extermination les vastes troupeaux. La bataille de Wounded Knee ( 1890) fut la derniere des nombreuses batailles entre les Blancs et les Indiens des Plaines. Les troupes americaines se livrerent a des massacres dans le village sioux de Wounded Knee Creek dans le
Dakota du Sud. Les guerres contre les Indiens (1854-1890) briserent la resistance des tribus des Plaines, et en quelques annees, les bisons
furent pratiquement extermines.
Les Indiens qui survecurent a ces guerres, principalement regroupes dans le Sud-Ouest furent installes dans des reserves. Les Apaches,
la derniere tribu a se soumettre refuserent jusqu'en 1900 de se laisser ainsi parquer. Les reserves, qui couvrent aujourd'hui une superficie de 20 millions d'hectares, sont pour la plupart situees dans des regions arides sans grande valeur economique.


Les Indiens aujourd'hui


Si les reserves indiennes sont autonomes, les terres sont en revanche administrees par le Bureau des affaires indiennes. La politique du
gouvernement a l'egard des Indiens a beaucoup evolue au cours des trente dernieres annees, oscillant entre deux objectifs : la suppression progressive des reserves et la totale integration
des Indiens a la societe americaine - que rejettent la plupart des Indiens - et d'autre part, le maintien d une politique d'entretien des reserves, assorti de l'aide des Etats.

Les 7 millions d'Indiens, y compris ceux des reserves, sont de plus en plus integres, grace a des lois destinees a reequilibrer les chances ; ils beneficient souvent de priorites en matiere de bourses scolaires et universitaires, ainsi que sur le marche du travail. Les Indiens Mohawks de l'Etat de New York sont celebres pour leur aptitude a travailler a de hautes altitudes, dans des conditions difficiles, sur des gratte-ciel ou des ponts suspendus.
Une minorite d'Indiens toutefois, principalement dans les reserves, essaie de maintenir les traditions et la religion tribales. Mais meme au sein de la grande reserve des Navajos, dans le Sud-Ouest, coeur de la culture indienne, des industries modernes comme l'electronique, l'industrie du bois et l'industrie miniere ont fait
leur apparition. Aujourd'hui, la plupart des Indiens, notamment les jeunes generations, ont pris leur place dans la societe urbaine des
Etats-Unis.

©Les peuples et leurs pays

 

Spiritualite et religion amerindienne 

par Nathalie St-Pierre, anthrolopogue

J'ai eu l'occasion recemment de parler avec un ami d'un sujet que l'on pourrait qualifier de "delicat" c'est a dire, la spiritualite amerindienne. Ce fut une conversation fort enrichissante. Au fond, que l'on soit catholique, protestant, musulman ou amerindien, j'ai realise que la spiritualite et la religion ne sont pas toujours question de choix mais bien de contexte social et culturel. 
Ma reflexion m'a donne envie de faire de ce sujet ma prochaine chronique. Bien sur, le sujet etant tres large et tres complexe, je ne ferai qu'en effleurer les grandes lignes. Je reviendrai sur certains points plus en details dans les textes qui suivront dans les prochaines semaines.

Les differentes expressions de la spiritualite autochtone sont de plus en plus populaires de nos jours que ce soit aupres des amerindiens de toutes nations ou aupres des non-indiens. En effet le courant "nouvelagiste" que nous traversons depuis quelques annees porte beaucoup d'interet a toutes les philosophies orientales et aux pratiques religieuses aborigenes en general, au detriment des courants religieux classiques comme le christianisme. 


Ainsi, a travers tout ce mouvement, nous assistons a l'apparition de semaines d'initiation chamanique, de cercles de priere autochtone, de tarots et d'astrologie amerindienne ou de quetes de visions organisees comme des voyages touristiques... Tout cela bien sur en echange de quelques huards de votre portefeuille. 

Si la plupart des individus qui font une demarche d'ouverture envers la spiritualite amerindienne sont sinceres et desireux de l'integrer a leur mode de vie, certains y voient l'occasion de s'enrichir et contribuent ainsi a repandre de fausses informations aupres du public en s'improvisant chamanes, voyants ou guerisseurs.

Les amerindiens qui reviennent a leurs traditions et a leur spiritualite y voient une façon de renouer avec leur passe, de retrouver leur identite et leur force et de redonner une fierte a la jeunesse qui ne sait plus trop ou se trouve sa place entre la tradition et l'ere des ordinateurs. Les non-indiens, quant a eux, voient dans cette forme de spiritualite une façon de prier qui les rejoint et qui comble leur besoin de se rapprocher de la nature, de se ressourcer et de satisfaire leur gout du rituel.

Dans ce texte, j'aimerais essayer de definir ce qu'etait la spiritualite amerindienne, les transformations qu'elle a subit et ce qui en est aujourd'hui. Je vous amenerai donc brievement de la prehistoire du Quebec jusqu'a nos jours en m'inspirant de divers ouvrages ainsi que de commentaires personnels.

De la prehistoire a nos jours

Nous savons tres peu de choses sur les rites sacres et les religions de l'homme paleo indien. Mais, depuis toujours, nous constatons que l'humain a un besoin inne de comprendre ce qu'il voit et ce qu'il ressent ainsi que les choses qui l'entourent. Il a besoin de repondre a certaines questions comme "Qui suis-je?"ou "Pourquoi suis-je sur la terre?" Nous avons, dans ces questions, l'element precurseur a tout un monde mythique, legendaire, spirituel et sacre. L'homme se cree un univers qui donne reponse a ces questions et il prend conscience qu'il fait partie d'un Tout qui depasse largement sa propre existence.

Les premiers signes de la reconnaissance d'un univers spirituel, c'est a dire d'un rapport avec l'esprit et l'ame, qui nous sont donnes de voir lorsque l'on etudie les peuples primitifs, sont les sepultures. Des que l'on commence a pratiquer des rites funeraires, a ensevelir ou a bruler les corps, a decorer les depouilles et a leur confier des objets ceremoniels, nous avons la un indice qui demontre que l'homme croit en une vie apres la mort et qu'il fait partie integrante d'un univers complexe regit par un monde invisible. 
Bien que nos connaissances du debut de la prehistoire soient tres limitees et fragmentaires, nous savons que, pendant la periode archaique qui s'etend de 8000 a 3000 ans avant aujourd'hui (AA), les artisans du cuivre de certains sites, comme celui de L'Ile Morisson, fabriquaient plusieurs objets tels aiguilles, hameçons et colliers. Ces objets, enduits d'ocre rouge, etaient souvent utilises comme mobilier funeraire ainsi que les colliers de coquillages et des objets de pierre et d'os.


Il semble que l'ensevelissement des morts soit souvent attribue aux peuples sedentaires et agricoles qui disposaient du temps et des ressources necessaires a de tels rituels. Par contre, la decouverte de trois tertres funeraires, vieux de 7000 ans, au Labrador ou vecurent des peuples de chasseurs-cueilleurs, reste un mystere pour les archeologues et vient ajouter a leur questionnement.

La periode dite historique qui s'etend de 1534 a nos jours est, pour sa part, beaucoup plus documentee sur les pratiques spirituelles amerindiennes. Une source importante de renseignement se trouve dans les Relations des Jesuites qui ont pu observer la façon de vivre des Autochtones pendant plusieurs annees des le tout debut de la Nouvelle-France.

On nous dit par exemple dans la Relation de l'annee 1633 que: 

"On ne parle plus des morts parmi nous, me dit-il, voire meme les parents du defunt ne se servent jamais des choses dont le mort se servait pendant sa vie." (Relation de 1633, p.11). 

Cette information a ete recueillie par le pere Paul Lejeune lorsqu'il sejournait avec les peuples nomades dans la foret. Il nous renseigne ainsi sur l'attitude de certains peuples algonquiens face aux personnes decedees. C'est un comportement "spirituel" qui peut faire partie ou non d'une pratique religieuse plus elaboree.

Quand on parle de spiritualite et de religion, il est facile de s'egarer car plusieurs personnes confondent les deux concepts. J'ai souvent entendu des gens me dire qu'on ne devait pas parler de "religion" amerindienne mais bien de "spiritualite" amerindienne. Cette affirmation est fausse puisqu'il existe de nombreux exemples de mouvements religieux et de societes religieuses importantes qui existaient a un moment ou l'autre de l'histoire de plusieurs peuples amerindiens. On a qu'a penser au mouvement de la Danse des Esprits dans les plaines de l'ouest ou a la Mediwiwin chez les Objibways.

Il existe deux definitions pour la spiritualite. 

D'abord on nous dit que ce qui est spirituel est en rapport avec l'esprit et l'ame, puis que la spiritualite peut aussi etre de l'ordre de l'intelligence, de l'esprit de la morale, donc purement cerebrale. On peut donc dire de quelqu'un qu'il est spirituel s'il a un esprit vif et de l'eloquence sans qu'il soit pour autant verse dans la religiosite.

La religion est quant a elle, une toute autre chose. C'est un ensemble de croyances et de pratiques qui se rapportent a la relation qu'ont les hommes avec le divin ou le sacre. Quelqu'un peut etre religieux sans pour autant avoir developpe son cote spirituel.

Si il est vrai que la spiritualite peut se vivre au quotidien et faire partie integrante de la vie d'une personne, comme c'etait le cas chez les Autochtones, la religion implique tout un ensemble de rites qui doivent etre observes afin de conserver l'harmonie entre les etres divins et les mortels. Ces rites demandent souvent a etre pratiques de façon cyclique, durant une periode de temps determinee, comme par exemple le culte du dimanche chez les chretiens, et sont generalement "presides" par des officiants.

De façon generale, nous constatons que la spiritualite amerindienne est assez semblable d'un peuple a l'autre. Certaines croyances et coutumes sont homogenes quoiqu'elles puissent comporter des variantes regionales. Nous savons, par exemple, que les amerindiens considerent la vie comme un grand cercle dans lequel toutes vies sont liees ensemble dans une relation d'interdependance. Ils croient que des manquements aux lois naturelles perturbent l'harmonie de ce cercle ainsi que des etres qui le composent. Les amerindiens croient aussi en un Dieu createur. Il s'appelle tantot Manito, Wankan Tanka, Tshemdo, selon les peuples. Ce Dieu possede souvent une panoplie de divinites secondaires ou d'esprits, qui l'aident dans son travail aupres des humains. Qu'on pense a Wesukichak chez les Algonquiens ou aux esprits maitres des animaux chez les Montagnais.

La notion "d'herbes sacrees" avec lesquelles on peut se purifier et faire des offrandes semble aussi etre reconnue unanimement chez les Autochtones. Bien qu'on ne sache pas a quand remonte cette croyance, la plupart des peuples semblent y adherer, en tout cas de nos jours chez ceux qui se disent traditionalistes. Ainsi, la sauge, le foin d'odeur, le cedre et la tabac sont utilises comme de l'encens ou encore simplement fumes, dans le cas du tabac par exemple, et peuvent aussi etre deposes dans les rivieres ou sur le sol en guise d'offrande au createur et a la nature.

Le sac medecine

Ce ne sont la que quelques exemples de croyances spirituelles partagees par les amerindiens de toute l'Amerique. Certaines de ces croyances ont ete modifiees au fil des annees par des individus ou des groupes de personnes afin de leur octroyer une signification symbolique plus grande. C'est le cas, par exemple, lorsqu'on parle des sacs medecine. 

Autrefois, les sacs medecines personnels devaient etre fabriques a partir d'un reve dans lequel se presentait un animal. Si on revait d'un castor, on fabriquait son sac avec la peau de ce dernier et on le remplissait de pierre, d'os et de tout objets qu'on croyait utile a sa protection et a son renforcement spirituel. Le contenu du sac pouvait etre modifie a l'occasion suite a de nouvelles revelations qu'aurait reçues son proprietaire.

Aujourd'hui, on dit souvent que le contenu du sac doit etre purifie a la pleine lune dans de l'eau salee avant d'etre introduit dans ce dernier et que, si quelqu'un touche aux objets du sac medecine, ils doivent etre purifies a nouveau. Cette croyance semble relativement nouvelle puisqu'on n'en fait pas mention lorsqu'il est question des sacs medecines dans les premieres etudes sur les amerindiens. Ce genre de transformation existe pour plusieurs autres croyances et legendes autochtones de nos jours puisque la tradition orale permet de modifier ces dernieres pour les adapter a de nouvelles realites.

Des croyances perdues

Un certain nombre de ces croyances spirituelles se sont inevitablement perdues au cours des siecles chez plusieurs peuples amerindiens. En effet, les bouleversements sociaux qu'ils ont subis ainsi que la grande influence des missionnaires ont largement contribue a brouiller les cartes. Un jour que je faisais un interview avec une ancienne de la nation Montagnaise, je lui ai demande s'il y avait encore des chamanes ou des Kamantushit (dans sa langue) lorsqu'elle etait petite. Elle m'a repondu: "Qu'est-ce que c'est ça un chamane?" Je suis d'abord restee perplexe et j'ai realise a quel point on avait reussi a deposseder les amerindiens de leurs croyances propres en faveur de croyances spirituelles etrangeres a leur mode de vie et a leur milieu.

La religion a joue un grand role, bon ou mauvais, dans l'histoire des amerindiens. Au debut de la colonie, le christianisme commençait a se repandre au sein de plusieurs peuples en Amerique. On croyait alors a tort que seules les religions chretiennes pouvaient sauver "les pauvres sauvages". Or ,c'etait souvent par opportunisme que les amerindiens devenaient des "chretiens". On donnait en effet certains privileges aux sauvages convertis, tel des armes a feu ou des terres afin qu'ils puissent vivre paisiblement dans la colonie. 

Les mouvements syncretiques

Bien que plusieurs amerindiens aient choisi de suivre le Dieu des chretiens, pour une raison ou une autre, certains deciderent de garder vivantes leurs propres croyances spirituelles et de vivre selon leurs traditions. Ils croyaient fermement a la survie de leurs peuples et de leurs modes de vie. Pour ce faire, ils creerent leurs propres mouvements religieux qui etaient toutefois tous syncretiques; c'est a dire qu'ils melaient pratiques autochtones et chretiennes a divers degres. 


Le mouvement syncretique de Ganiodaio (Handsome Lake) qu'on appelait aussi la "Religion de la Maison-Longue" est apparu vers l'annee 1799 chez les Senecas de la Confederation Iroquoise. Quand leurs terres furent confisquees, volees ou vendues apres la Guerre d'Independance des Etats-Unis, la nourriture commençait a se faire rare et l'alcool menaçait l'existence de la nation des Senecas. C'est alors que les esprits, par la bouche de Ganiodaio conseillerent au peuple de renoncer a l'alcool et a toutes leurs danses, sauf "la danse de la veneration". Ceux qui ont cru a cette "bonne parole" se reunissaient chaque semaine dans une "maison-longue" pour y pratiquer leur culte. Cette nouvelle religion a connu beaucoup de succes aupres des peuples Iroquois et elle se repandit tres rapidement. On dit qu'elle se pratique encore de nos jours.

Des courants religieux amorces par des prophetes amerindiens sont apparus chaque fois qu'une culture traditionnelle etait au bord de l'effondrement. Les initiateurs annonçaient la fin imminente du nouvel ordre social impose par les blancs ainsi que la restauration prochaine du mode de vie traditionnel. Les prophetes autochtones etaient des individus innovateurs, desireux d'apporter a leurs freres des croyances mieux adaptees a une realite nouvelle et souvent difficile. Parmi ces prophetes, il y eut Smohalla, "le Precheur", le prophete le plus connu de la cote Nord-Ouest. Ce dernier disait que la fortune sourirait a nouveau aux amerindiens si toutefois ils refusaient de blesser leur mere la Terre en labourant ou en creusant des mines. Cet enseignement devint le fondement de la fameuse "Danse des Esprits".

Le prophete Shawnee Lalawetika, frere du grand chef Tecumshe, fut aussi a l'origine d'un mouvement religieux qui etait aussi populaire chez les amerindiens que chez les blancs. Durant l'annee 1805, Lalawetika eut une vision qui le transforma. De grand buveur et vantard qu'il etait, il devint Tenskwatawa "Porte ouverte", un homme completement transforme. Il prechait que si les Shawnees revenaient dans le droit chemin, loin de l'alcool, des abus et de la violence, leur territoire ressemblerait a nouveau a un paradis. En 1807, il fonda avec son frere Tecumshe une communaute modele du nom de "Ville-Prophete" appelee aujourd'hui Tippecanoe. Le mouvement religieux de Tenskwatawa prit fin lorsqu'un affrontement survint entre les Shawnees et les troupes americaines et que ces derniers raserent la Ville-Prophete, ruinant du meme coup, l'influence du prophete.

Depuis les annees 60, avec l'apparition de L'American Indian Mouvement au Etats-Unis, on assiste a un veritable soulevement des traditionalistes autochtones qui se sont donne pour mission de sensibiliser leurs peuples a la necessite d'un retour a la spiritualite et aux pratiques religieuses traditionnelles. Ainsi nous voyons depuis quelques annees reapparaitre certains cultes que l'on croyait oublies. Au Quebec, par exemple, la pratique de la hutte a suer, qui fut interdite par les Jesuites au debut de la colonisation, reprend de la vigueur et est maintenant pratiquee par plusieurs amerindiens. De plus, aux dires d'un informateur de ma connaissance, la "Tente Tremblante" qui etait autrefois qualifiee de culte du diable, serait encore pratiquee dans plusieurs communautes Algonquines.


Cette prise en main des peuples autochtones ne peut que contribuer au renforcement de l'unite amerindienne et a la survie de leurs traditions. Leur systeme complexe d'entraide et de respect mutuel implique non seulement le quotidien mais egalement leurs croyances spirituelles et leurs pratiques religieuses. Bien que la plupart des mouvement religieux amerindiens des siecles derniers aient disparus, ils en subsistent encore aujourd'hui afin de guider le peuple rouge vers sa renaissance. La porte est grande ouverte pour ceux qui veulent connaitre et experimenter ces croyances ancestrales. 

Malgre le fait qu'elles aient pu subir des transformations au contact des religions chretiennes et que plusieurs croyances soient perdues ou transformees, les fondements sont restes les memes : le respect de la nature, l'equilibre, les liens familiaux et la reconnaissance envers le Createur et la Terre-Mere. 

"Le pouvoir d'une chose ou d'un acte est dans la signification et dans la comprehension que nous en avons" 
Black Elk, Sioux Lakotas

20 octobre 2000

Nathalie St-Pierre est anthropologue au Quebec. Elle ecrit des textes qui porteront sur la culture materielle et spirituelle des amerindiens du Quebec et d'ailleurs. Vos commentaires et vos questions seront grandement apprecies. Vous pouvez la rejoindre a aiamun@globetrotter.net 


Note bibliographiques

Yvon Le Bras et Pierre Dostie
L’Amerindien dans les Relations du pere Paul Lejeune (1632-1631) suivi de Le Lecteur suborne dans cinq textes missionnaires de la Nouvelle-France

O'Callaghan, Edmund Bailey (1797-1880)
Relations des Jesuites sur les decouvertes et les autres evenements arrives en Canada, et au nord et a l'ouest des Etats-Unis, (1611-1672) / par le Dr. E. B. O'Callaghan... ; traduit de l'anglais avec quelques notes, corrections et additions
Montreal : Bureau des Melanges religieux, 1850. Disponible a la Bibliotheque Nationale du Quebec

©La piste amerindienne

 

La legende des chasseur d'ours


Un jour, un ours trouva un enfant dans les bois. Pendant de nombreuses annees, il prit soin de l'enfant comme si c'etait le sien. Ils chassaient ensemble, et l'automne venu, ils ramassaient des bleuets et faisaient des provisions pour l'hiver. Un jour, l'Ours dit au garçon qu'il entendait son pere chanter. Il tacha de chanter plus fort que le pere , mais il finit par s'epuiser tout bonnement. Quelque temps plus tard, durant l'hiver, l'ours dit qu'il voyait le pere qui etait parti a la recherche de son fils. 

Le pere se dirigeait tout droit vers la cache de l'ours. Ce dernier pour distraire l'homme, plaça un castor sur sa route, puis un porc-epic, puis une perdrix. Mais l'homme ne tua meme pas ces animaux pour s'alimenter et continua sa route vers son fils. L'ours, voyant sa derniere heure arrivee, donna l'un de ses jarrets au garçon, lui demandant de suspendre ce jarret au mur la ou il s'assoirait normalement. Puis pour devenir un grand chasseur d'ours, il lui conseilla de toujours se placer sur une elevation du sol et de surveiller les endroits d'ou la vapeur s'echappait du sol. L'ours sortit de la cache et se dirigea vers le pere qui le tua et s'en retourna chez lui avec son fils. 

Les annees passerent et le garçon devint un homme. Il etait un chasseur d'ours d'une tres grande adresse si bien qu'il pouvait nourrir a lui seul toute la bande de Cris. Un jour, il fit la rencontre de chasseurs accompagnes de leur epouse et ces femmes commencerent a le jalouser. Les femmes cherchaient d'ou venait ce talent et elles trouverent le jarret merveilleux. Le chasseur leur dit alors ou elles devaient aller pour trouver un ours. Le jeune homme alla s'asseoir a sa place habituelle, pres du jarret. Aussitot, le jarret tomba du mur et disparut avec le jeune homme dans les entrailles de la terre. On raconte que, longtemps plus tard, le jeune homme revint sur la terre sous la forme d'un ours. 

Les indiens et le Web.

Les Indiens se sont empares, avec maestria, d'Internet pour faire entendre leurs voix et leurs revendications. L'avenir verra-t-il se realiser le grand reve de l'union de toutes les tribus indiennes ? Et cela grace au Net. 

Experience pratique : demandez a l'un des moteurs de recherche disponibles sur Internet de repertorier les sites ayant un rapport avec « native american ». Le resultat est faramineux, plusieurs centaines de milliers d'occurrences. De fait, beaucoup de tribus disposent, depuis plusieurs annees deja, d'un tipi virtuel sur l'immense maillage qu'est « la toile ».
Comme tous les peuples autochtones, les indiens du Nouveau Monde trouvent la un espace ou exprimer leurs coutumes, leur langage, leur spiritualite, voire leurs recettes de cuisine...
La plupart des ethnies dites « primitives » maitrisent et pratiquent ainsi l'outil virtuel de façon bien plus performante que les grandes nations industrialisees. Les « Eskimos » sont de loin les plus branches en ce domaine (voir Sciences et Avenir n¡ 613, mars 1998). Le territoire autonome du peuple inuit du Grand Nord canadien, Nunavut (« notre terre »), officiel depuis le 1er avril, est entierement relie au reseau numerique. L'ordinateur ­ « la chose-qui-est-comme-un-cerveau », dit leur langue ­ se trouve de cette façon integree au coeur meme du fonctionnement du nouveau gouvernement.
Les Indiens ne sont pas arrives a ce haut degre de connectique mais ils y travaillent. Demain peut-etre, le grand reve du panindianisme ­ voir s'unir toutes les tribus ­ debutera sur Internet. Plusieurs projets sont en cours. Le plus avance est INDIANnet, un partenariat entre plusieurs organisations, indiennes pour l'essentiel. Ses objectifs sont d'etablir des liens entre les communautes indiennes, urbaines comme rurales, et leur permettre un large acces aux informations de toutes sortes. Le projet aide aussi les tribus ou les organisations indiennes a construire et a developper leurs propres sites. Car, dans l'esprit de ses promoteurs, Internet ne doit pas seulement servir a glaner des informations mais egalement a en diffuser de la façon la plus large possible. Les Indiens veulent aujourd'hui se faire entendre.
Autre projet d'importance : le Native American Community Alliance and Technology Project. Sa portee est avant tout didactique. Il aide les ecoles et les communautes « natives » a etablir des liens entre elles, et participe en meme temps a l'expansion du reseau.
Le pionnier en la matiere est une femme, Paula Giese. C'est elle qui, en 1993, a compris l'importance que le reseau pourrait prendre dans les revendications de ses compatriotes. L'activisme, qu'elle avait beaucoup pratique dans la rue, s'est, avec elle, deplace vers les autoroutes de l'information. Son site Native American Indian Resources est d'une grande richesse. Sa fondatrice est decedee voila deux ans, il n'est donc malheureusement pas remis a jour. Quoi qu'il en soit, il offre moult liens divers et varies sur les herbes medicinales, l'art, l'astronomie « native », les jeux, la musique.
Vingt ans auparavant, la meme Paula Giese avait demande a une tres vieille Indienne Anishinaabemowin (Algonkins des Grands Lacs) comment traduire « ordinateur ». Apres un long temps de reflexion, celle-ci repondit que la traduction la plus fidele serait : « mazinibii'ang-waazakone », soit « des dessins faits avec de la lumiere flamboyante ». Paula Giese voulait souligner ainsi combien les Indiens, avec la richesse de leur culture, peuvent s'adapter de façon etonnante a toute nouvelle technologie. L'avenir lui aura donne raison. 

Herve Ratel ©Sciences & Avenir - N°629 - page 67. 

Quelques sites

http://indy4.fdl.cc.mn.us/~isk/mainmenu.html


http://www.geocities.com/Heartland/Prairie/7099/nativelinks.html


http://www.hanksville.org/NAresources/indices/NAcomme

 

Indiens - La revanche 

Vaincus, spolies de leurs territoires ancestraux, deportes sur des reserves miserables, les premiers Americains ont ete reduits au statut degradant de « nations domestiques et dependantes », de minorites sociales . Apres trente ans de lutte, ils retrouvent aujourd'hui leur fierte et s'inventent une identite nouvelle, melant vestiges de la tradition, sentiment national et modernite. 

Quelle est la seule drogue legale aux Etats-Unis ? Le peyotl, substance hallucinogene de la pharmacopee traditionnelle indienne. Generalement tres severe quant aux stupefiants, la justice federale a autorise son usage sur tout le territoire federal. Au nom de la liberte du culte...
Une histoire exemplaire. Car pour tout ce qui touche aux « affaires indiennes », la legislation, en Amerique du Nord, subit de serieuses mutations. Harvard, la prestigieuse universite, vient d'annoncer qu'elle restituerait aux Navajos plus de 2000 ossements ayant appartenu a leurs ancetres. En Oklahoma, les Apaches ont signe un contrat d'exclusivite avec l'universite de l'Etat sur l'exploitation de leur patrimoine genetique. Ces victoires, les Indiens les ont remportees sur de nouveaux champs de batailles qui ne sont plus ceux de l'activisme des annees 70. Le fameux Red Power est aujourd'hui depasse. Son dernier soubresaut fut la guerre des Mohawks qui, durant l'ete 1990, a oppose les tribus du sud du Quebec, specialisees dans la contrebande de cigarettes, a l'armee federale canadienne. Desormais, les Indiens lancent leurs raids devant les tribunaux. Et l'Etat ne peut plus compter sur sa force de dissuasion pour decourager des guerriers peaux-rouges d'un nouveau genre : les avocats.
C'est en Colombie-Britannique, a l'ouest du Canada, que les « premieres nations » menent la plus active des revanches. Elles y enfoncent avec succes les fragiles barricades juridiques que les « Hommes-de-fer » ­ les Occidentaux ­ tentent, en ordre disperse, d'eriger. Nous avons choisi de vous presenter deux tribus, les Haidas des iles de la Reine-Charlotte et les Namgis d'Alert Bay (lire p. 44 et p. 50). Un veritable cas d'ecole : ces Indiens de la cote Pacifique sont les derniers a entrer en contact avec les Europeens. Il faut attendre 1774 pour que les Espagnols mouillent au large de leurs villages. Puis 1830 pour que les Anglais les colonisent... Une soixantaine d'annees suffiront pourtant a les plonger dans la decheance, manquant d'aneantir une culture exceptionnelle : celle des sculpteurs de totems. Malgre tout, ils ont resiste, n'ont signe aucun traite, rien cede de leur territoire.
Sur place, les Indiens n'ont pas oublie ce passe recent. Il n'a pas ete simple de les approcher. Souvent revendicatifs, parfois excessifs, surs de leur bon droit, mais inquiets, les Indiens du Nord-Ouest oscillent entre accueil chaleureux et mefiance hautaine. Et sont les premiers a s'interroger sur la teneur de leur identite. Pourtant, lorsqu'ils rapatrient les cendres de leurs ancetres a bord de leurs gigantesques canoes en cedre, c'est toute l'ame indienne qui chante sur les flots du Pacifique. 

Source: P. J.-B. et H. R. Sciences & Avenir - N°629 - page 42. 


La piste des larmes, Chronique d'un ethnocide 

Il y avait 5 millions d'Indiens en Amerique du Nord avant Colomb. Ils etaient 300000 en 1880. Un veritable ethnocide ou la variole tua plus que les fusils. 

Les premiers Americains n'etaient pas prepares a cela, d'ailleurs qui l'aurait ete a leur place... en 1500 ? Une maladie etrange et mortelle accompagne les Blancs ou qu'ils se rendent et seme la panique. Lorsque l'epidemie eclate, il est deja trop tard : le village, la tribu, le royaume sont condamnes. A peine accueillent-ils les Espagnols que les Caraibes la contractent. Bientot, ce sont les Mexicas qui succombent par milliers a la maladie des Blancs. La moitie des habitants de Saint-Domingue perissent des 1519. Lorsque les conquistadors atteignent le Perou en 1520, l'empire Inca vacille deja, mine par le mal. En 1568, la population indienne du Mexique, qui avant Colomb etait de loin la plus importante du continent americain, a deja perdu 90 % de ses effectifs, passant d'une trentaine de millions a seulement trois.
L'etrange maladie n'est autre que la variole ou petite verole. Son virus se transmet par contact. Il epargne le plus souvent les Europeens mais emporte la plupart des Indiens. Isoles du reste du monde depuis plusieurs dizaines de milliers d'annees (lire p. 59), ils n'ont pas les defenses immunitaires capables de les proteger et sont par consequent tres vulnerables. C'est avec une rapidite deconcertante que le premier acte de cette tragedie s'acheve, que le rideau tombe sur les grandes civilisations precolombiennes et les rues desertes de leurs vastes cites. Les victimes du deuxieme acte seront les Indiens d'Amerique du Nord.
La premiere epidemie se declare en Floride en 1539. Hernando de Soto vient d'y debarquer avec une petite centaine de mercenaires. Trois annees durant, tout le sud-est des actuels Etats-Unis subit de terribles ravages. L'arrivee de Jacques Cartier dans la region du Saint-Laurent, le futur Quebec, est egalement mortifere, mais pour les Iroquois. En fait, l'histoire de la colonisation de l'Amerique est d'abord celle des fleaux qui la frappent. Chaque avancee des Blancs a pour corollaire son epidemie. Au XVIIe siecle, la variole decime les tribus de l'Est. Comme un feu de brousse souvent ranime, elle atteint la baie d'Hudson et le Texas au XVIIIe siecle, puis la cote pacifique au XIXe.
D'autres maladies infectieuses comme la fievre typhoide, les oreillons, le cholera, la grippe ou la tuberculose, aggravent encore la tourmente dans laquelle les Indiens sont plonges. Et a chaque fois, c'est la moitie, parfois les trois quarts des membres d'une tribu qui perissent. Le desastre sanitaire est sans precedent dans l'histoire, a l'exception peut-etre, des grandes epidemies europeennes de la fin du Moyen Age. On estime qu'il y avait environ 5 millions d'Indiens en Amerique du Nord (sans le Mexique) avant Colomb. En 1880, il n'en reste plus que 237 000 aux Etats-Unis, environ 100000 au Canada. Maigre et tragique revanche, les Indiennes ont transmis la syphilis aux marins espagnols.
« La plupart des Indiens disparus sont morts victimes des epidemies, confirme Joelle Rostkowski*, specialiste des Indiens d'Amerique du Nord. Mais il ne faut pas oublier les guerres, les massacres et la famine. » Les Europeens ne sont certes pas responsables des maladies qu'ils repandent. En revanche, leur conduite cruelle paracheve souvent l'oeuvre de mort des virus. L'histoire des Beothuks, les premiers Indiens du Canada en contact regulier avec les Blancs, est ainsi edifiante. Ces pecheurs, dont le visage peint en rouge est a l'origine de l'expression « Peaux-Rouges », entretiennent au debut du XVIe siecle de bonnes relations avec les Blancs, trappeurs et autres trafiquants de fourrures. Mais tres vite, la conduite des immigrants se deteriore. Maltraites, presque reduits en esclavage, les Beothuks quittent le littoral pour se refugier a l'interieur des terres. Ils sont alors remplaces par les Micmacs et les Malecites, opportunistes attires par le commerce de la fourrure. De plus en plus isoles, pourchasses par le colonisateur comme par les Micmacs, les « Peaux-Rouges » commencent a decliner, vaincus par la famine et la maladie. Leur extinction est date de l'an 1829, lorsque la derniere des Beothuks, une femme nommee Shanawdithit, decede de la tuberculose.

Luttes fratricides entre tribus
Les richesses apportees par les Blancs, notamment le fer et les armes a feu, suscitent par ailleurs la convoitise. Assez rapidement, l'odeur de la poudre et du sang se surajoute a celle de la pestilence. En 1630, les Mohawks, l'une des tribus iroquoises les plus belliqueuses, declenchent « les guerres iroquoises », une lutte fratricide dont le but est d'obtenir le monopole du commerce de la fourrure dans toute la region. Certaines tribus paieront de leur extinction l'avidite des Iroquois.
De leur cote, les colons anglais entament leur conquete des terres indiennes, une avancee inexorable de plus en plus sanglante. En 1610, bien que dependants des ressources indiennes, ils n'hesitent pas a exterminer deux villages powatans en represailles au meurtre de deux des leurs. Vingt ans plus tard, ce sont les Massachusetts qui abandonnent leur territoire. Les expeditions punitives des Britanniques deviennent en quelque sorte l'instrument de la conquete. En 1637, un village pequot de 800 personnes est aneanti a Mystic river. Une autre tribu, les Narrangassetts, parce que leurs chefs refusent de se soumettre au roi Charles Ier, sont a leur tour extermines. Pometacom, le chef des Wampanoags, naguere allies des Anglais, se leve alors et federe d'autres tribus de Nouvelle-Angleterre pour se venger de ces Blancs « perfides ». Mais la guerre du « roi Philip », comme l'ont surnomme les colons, s'acheve dans un bain de sang en 1676.
Au debut du XVIIIe siecle, les Indiens ne sont deja plus tout a fait eux-memes. Cette fois, ils prennent part au conflit opposant Français et Anglais pour la domination de l'Amerique. A la fin de la guerre de Sept ans (1756-1763), la France defaite les laisse seuls face a l'Angleterre. Ils vont pourtant beneficier de la mansuetude des autorites metropolitaines : leur independance garantie a l'ouest permet de contenir les velleites expansionnistes et donc separatistes des colons. Mais la menace renait lorsque les treize colonies britanniques declarent leur independance en 1776.
Des le debut du XIXe siecle, les Etats-Unis commencent a deborder et a se repandre toujours plus a l'ouest : pensant preserver leur frontiere, les Indiens signent plusieurs traites. Mais jamais les Etats-Unis ne respecteront leurs engagements. « La politique indienne des Etats-Unis a toujours ete en dents de scie, contradictoire, resume Joelle Rostkowski. Les Americains ont d'abord pense que les Indiens seraient repousses vers l'ouest a mesure de l'avancee des colons et que ce recul ne posait pas de probleme. Mais les pionniers ont ete si loin, jusqu'en Californie, que le gouvernement a decide que les Indiens seraient confines dans des espaces restreints : les reserves. »

Les reserves, une solution provisoire
En general, les autorites demandent aux tribus de s'etablir a l'interieur de territoires proteges en echange d'une retribution en nature. Rien ne doit arreter la marche du progres. C'est le destin « manifeste » de l'Amerique : conquerir l'ouest pour en exploiter les ressources, accessoirement en civiliser les premiers habitants. « La question etait de savoir si les reserves devraient subsister, precise Joelle Rostkowski. On estimait cependant qu'elles seraient une solution transitoire, les Indiens devant etre assimiles a la societe majoritaire.»
A partir de 1832, les Indiens deviennent une « nation domestique dependante ». Trois ans plus tard, les Cherokees sont contraints d'abandonner leur terre de Georgie et sont deportes en masse vers « l'Etat-reserve » d'Oklahoma, en 1838. C'est la « Piste des larmes ». D'autres Nations declenchent une guerilla contre les colons, comme les Comanches et les Apaches, mais les terres perdues le sont a tout jamais.
« A partir des annees 1860, les Etats-Unis, qui subissent une depression economique importante, se mettent a lorgner au-dela de la Frontiere, vers l'ouest, explique James Welsh, ecrivain blackfoot du Monatana. Une terre vierge pleine de ressources. Or le seul obstacle qui subsistait entre eux et ces richesses etaient les tribus indiennes. » Des hordes de chasseurs exterminent les bisons, principale ressource alimentaire des Sioux et Cheyennes des Grandes Plaines. Le dilemme se pose en ces termes : survivre aux depens des Blancs dans une reserve ou mourir libres. Les Sioux Santees du Minnesota choisissent la liberte et se revoltent en 1862. Mais l'armee les repriment durement.
Attisee par la presse a sensations et la litterature populaire, la haine des « Indiens hostiles » atteint son paroxysme. En novembre 1864, a Sand Creek, dans le Colorado, des miliciens attaquent par surprise un camp cheyenne, le colonel qui est a leur tete lance alors : « Tuez les tous, petits et grands... Les lentes deviennent toujours des poux ! » 600 Cheyennes sont massacres, y compris les femmes et les enfants. Les escarmouches se multiplient, plongeant tout l'Ouest dans une guerre sans pitie.
« En 1871, le Congres abandonne la politique des traites, explique Joelle Rostkowski. A partir des annees 1880, le gouvernement souhaite que les Indiens renoncent a la propriete collective du sol. On leur attribue des lopins de terre. Une politique qui reduit considerablement ce qui reste du territoire indien, car les parcelles non attribuees deviennent accessibles aux Blancs. » Les Indiens, doivent s'initier a l'agriculture, sur le modele « une ferme, un champ », et devenir des citoyens comme les autres. « Il faut tuer l'Indien pour sauver l'homme », estime-t-on a Washington. Des missions sont fondees un peu partout, les Indiens, qui ne sont plus qu'une poignee, sombrent dans un desespoir sans fond et deviennent la proie des proselytes de differentes congregations chretiennes...
Responsables de l'aneantissement des peuples autochtones d'Amerique, les colonisateurs blancs seraient-ils coupables de genocide ? Ward Churchill, l'un des dirigeants de l'American Indian Movement, le pense et va jusqu'a comparer la politique des Etats-Unis envers les Indiens aux methodes employees par les Nazis. L'ideologie secessionniste et le calcul politique ne sont pas etrangers a un tel discours, qui temoigne peut-etre d'une connaissance assez superficielle de l'histoire europeenne. « Le terme de genocide est a utiliser avec beaucoup de prudence, remarque Joelle Rostkowski. D'apres la definition des Nations unies, le genocide suppose la volonte manifeste et deliberee d'exterminer tout un peuple. Ce terme a ete forge apres la Seconde Guerre mondiale pour qualifier la Shoah.
La conquete de l'Ouest n'est pas reconnue officiellement comme un genocide. Les institution internationale preferent plutot jouer sur les mots en employant le terme d'ethnocide, c'est-a-dire la volonte d'extermination d'une culture consideree comme archaique, primitive et par la meme, appelee a disparaitre. Les sequelles indiennes de ce passe de douleur sont pourtant flagrantes et rappellent etrangement celles dont souffrent encore les peuples ayant survecu a un genocide. « La violence des Indiens d'aujourd'hui s'exerce surtout sur eux-memes, observe Joelle Rostkowski. Le taux de suicides est quatre fois plus eleve chez eux que chez les Blancs. Meme chez ceux a qui tout semble sourire, a qui tout reussit, le suicide est frequent. Et chaque annee, on apprend le deces volontaire et inattendu d'un proche. » 

P. J.-B. 

* Joelle Rostkowski est l'auteur de La Conversion inachevee, les Indiens et le christianisme et du Renouveau indien aux Etats-Unis, publies par Albin Michel.


Les grandes dates de la rencontre 

Debut du XVIe siecle : Jean Cabot, Jacques Cartier et Giovanni da Verrazzano explorent les baies et les rivages d'Amerique du Nord. Les Indiens Beothuks deviennent rapidement les domestiques des pecheurs europeens, qui arrivent en masse a Terre-Neuve. Les Micmacs, quant a eux, se lancent dans le commerce de la fourrure.
1534 : Jacques Cartier remonte le Saint-Laurent et entre en contact avec les Iroquois bientot victimes de la variole.
1539 : Les Espagnols tentent de coloniser la Floride, mais echouent face a l'hostilite des Indiens.
Entre 1540 et 1542 : L'explorateur espagnol Coronado s'aventure dans la region des Pueblos, l'actuel Nouveau-Mexique.
1608 : Samuel de Champlain conduit quelques colons français sur l'emplacement de la future Quebec. Les franciscains recollets qui l'accompagnent entament l'evangelisation des Algonquins.
1609 : Les Hollandais occupent l'ile de Manhattan.
1620 : Debut de la colonisation britannique et hollandaise, arrivee des puritains anglais du Mayflower (1621). Les Français deviennent les allies des Hurons. Suite au meurtre de deux colons, les Britanniques commettent de nombreuses exactions a l'encontre des Powatans.
1622 : Revolte de la confederation powatane.
1630 : Les Massachusetts sont envahis par les Wampanoags, Algonquins allies des Anglais. Une epidemie de variole achevera leur extermination. Debut des guerres iroquoises entre Hurons profrançais et Iroquois proanglais, les Mohawks notamment, pour le controle du commerce de la fourrure.
1637 : Massacre des Indiens Pequots a Mystic river par les puritains.
1640 : Les Iroquois, armes de fusils hollandais, aneantissent les villages hurons, et finissent par exterminer d'autres nations comme les Eries.
1646 : Vaincus par les puritains, les Powatans sont obliges de renoncer a une partie de leur territoire.
1657 : Les Iroquois s'attaquent aux Français de Quebec et de Montreal et repandent la terreur en Nouvelle-France.
1667 : Apres avoir expedie 1000 soldats et de nombreux canons, Louis XIV obtient la reddition des Iroquois.
1675 : Les Wampanoags se retournent contre les Anglais apres la mort mysterieuse de leur chef a Plymouth. Les Britanniques s'unissent et font appel aux Mohawks et aux Mohicans pour lutter contre ces Algonquins : 600 colons et 4000 Indiens massacres.
1680 : Revolte des Pueblos.
1711 : Caroline du Nord, Guerre des Tuscoaras qui rejoignent la confederation iroquoise.
1715 : Guerre yamassee en Georgie et en Caroline du Sud.
1756 : Guerre française et indienne. Les Français et tous leurs allies indiens affrontent durant sept ans les colons anglais, leurs allies iroquois et les 50 000 soldats expedies par la Grande-Bretagne.
1763 : Chute de Quebec et defaite de Montcalm. Louis XV abandonne l'empire français d'Amerique aux Anglais. Les Indiens se retrouvent seuls face aux Anglais.
Les Ottawas du chef Pontiac et les tribus du sud des Grands Lacs, anciens allies des Français, repartent en guerre contre les Anglais. Le roi d'Angleterre promet aux Indiens, au grand dam des colons, que les territoires a l'ouest des Appalaches resteront en leur possession.
1774 : Premier contact entre les Blancs et les Indiens de l'ouest du Canada.
1775 : Les Treize Colonies exigent leur independance (futurs Etats-Unis). Fin provisoire des guerres indiennes.
1776 : Les Iroquois se divisent. Certaines tribus prennent parti pour les rebelles, d'autres pour les Britanniques.
1783 : La republique federale des Etats-Unis est reconnue officiellement a Versailles et se lance dans la conquete de l'Ouest au mepris de ses premiers habitants. Reprise des guerres indiennes.
1787 : Constitution des Etats-Unis.
1791 : Les tribus indiennes reunies en une vaste confederation dans la vallee de l'Ohio s'opposent a la distribution de leurs terres aux veterans de la guerre d'Independance.
1794 : Defaite des confederes indiens a Fallen Timbers.
1803 : Napoleon vend la Louisiane a Jefferson et les territoires indiens du sud des Grands Lacs sont reduits.
1819 : La Floride espagnole passe aux mains des Americains.
1824 : Creation du Bureau des affaires indiennes.
1829 : La derniere femme beothuk decede (Canada).
1832 : les Indiens des Etats-Unis deviennent « nation domestique dependante ».
1838 : Les Cherokees sont deportes en Oklahoma, c'est « la Piste des larmes ».
1845 : Annexion du Texas.
1848 : Les Etats-Unis enlevent au Mexique la Californie et le Nouveau-Mexique.
1860 : Debut de l'extermination des bisons.
1862 : Guerre des Sioux Santees dans le Minnesota et des Apaches dans le Sud-Ouest. Debut de la guerre de Secession.
1864 : Les Americains massacrent les Cheyennes a Sand Creek.
1865 : Fin de la guerre de Secession. La repression contre les « maraudeurs » indiens s'intensifie.
1868 : Le general Custer extermine les Cheyennes de la Washita river.
1870 : Massacre des Blackfeet a Marias river.
1871 : Fin de la politique des traites aux Etats-Unis. Elle continue au Canada.
1876 : Victoire cheyenne et sioux a Little Big Horn, mort de Custer.
1876 : Le Canada vote l'Indian Act et place ses Indiens sous tutelle.
1884 : Le Canada durcit les dispositions de l'Indian Act en interdisant le potlatch et en envoyant, comme aux Etats-Unis, les enfants indiens dans des pensionnats religieux.
1885 : Les metis canadiens et leur chef Gabriel Dumont tentent de creer leur propre pays dans les Territoires du Nord-Ouest. Intervention de l'armee.
1886 : Geronimo se rend aux troupes americaines. 
1890 : Assassinat de Sitting Bull et massacre d'Indiens a Wounded Knee. Fin des guerres indiennes.
1911 : Fondation de l'American Indian Association. Quelques annees plus tard, les Indiens du Canada creent la Fraternite indienne.
1924 : Les Indiens deviennent citoyens des Etats-Unis.
1951 : L'Indian Act canadien est amende. Le potlatch est de nouveau autorise, la segregation en passe d'etre abolie.
1968 : Naissance de l'American Indian Movement (AIM).
1977 : Un projet de loi depose devant le Congres demande l'abrogation des traites garantissant le statut special des nations indiennes.
1978 : En reaction, les Indiens entament la Longue Marche.
1990 : Les Mohawks du Canada se revoltent violemment pour defendre leurs prerogatives. Deuxieme intervention de l'armee federale depuis la guerre des Metis un siecle plus tot. 

Source: Sciences & Avenir - page 56. Dossier - 07/1999 - N°629 


 

Les reserves indiennes 

Trois millions d'Indiens (1) vivent aujourd'hui en Amerique du Nord (2). Sur les 2,3 millions recenses aux Etats-Unis (0,6 % de la population), 1,5 million se trouvent repartis sur 275 reserves (3), et occupent a peine 2,3 % du territoire national. Au Canada, ce sont 600 000 personnes (1,8 % de la population) qui ont le statut d'Indien. 65 % des membres de cette communaute vivent dans des reserves.
Aux Etats-Unis, en moins d'un siecle, le patrimoine foncier indien est passe de 78 millions d'hectares a 27 millions. Alors que le Bureau des affaires indiennes situe a Washington a toute autorite sur la gestion des reserves federales, les plus importantes, les reserves d'Etat, sont regies par l'administration locale et la legislation federale. Au Canada, cette responsabilite incombe au ministere des Affaires indiennes et du Nord. 6 milliards de dollars (environ 36 milliards de francs) sont consacres chaque annee a la gestion des reserves americaines, 3 milliards de dollars pour les reserves canadiennes, mais l'isolement et la discrimination dont la communaute indienne fait encore l'objet la confinent toujours au plus bas niveau de la societe. Plus de 40 % des Indiens vivent au-dessous du seuil de pauvrete. Dans les reserves, le revenu annuel par habitant est inferieur a 5000 dollars (environ 30000 F) et a diminue de 5 % entre 1980 et 1990.
Aux Etats-Unis, les plus tristes records y sont battus : taux de chomage le plus eleve, taux d'alcoolisme et de suicides superieurs a la moyenne nationale. Le systeme educatif est inadapte et le manque d'infrastructures elementaires flagrant : batiments et routes hors d'usage, logements vetustes, traitement des eaux deficient, electricite parfois inexistante. 
Ces difficultes poussent les Indiens a quitter de plus en plus les reserves pour s'installer en ville pour des periodes plus ou moins longues. D'apres l'anthropologue Philippe Jacquin, 75% des Amerindiens vivent desormais en zone urbaine : 145000 a Los Angeles, 20000 a New York, 25000 a Minneapolis, Phoenix, Chicago. 


* Donnees du Bureau des affaires indiennes, Washington. L'obtention de chiffres fiables est difficile. Les Indiens refusent souvent l'acces de leurs reserves au agents recenseurs.
** Mexique non compris.
*** Y compris les natifs d'Alaska (Indiens, Eskimos et Aleoutes ­ deux groupes culturels distincts).


Source: Sciences & Avenir - N°629 - page 60. 


 

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